Communiqué
19 septembre 2026
Après un été marqué par une succession de canicules, une sécheresse tenace et plusieurs orages violents, ce sont environ 20000 personnes qui ont manifesté ce samedi 19 septembre dans les rues de Genève (7000) et Lausanne (12000 selon la police) à l’appel de la coalition «Pas d’étés à 50°C!».
Un premier succès d’étape pour cette coalition qui rassemble plus de 140 organisations avant une marche prévue ce dimanche 20 septembre à Fribourg et 10 autres mobilisations en Suisse alémanique le 25 septembre prochain.











L’été 2026 a illustré brutalement le réchauffement climatique et notre impréparation. Les personnes vulnérables et les travailleur·ses exposés paient le plus lourd tribut.
Sans changement de cap, la Suisse pourrait atteindre les 50°C en été d’ici 2050. C’est pour refuser cet avenir invivable que des milliers de personnes sont descendues dans les rues à l’appel de la coalition «Pas d’étés à 50°C!».
Lors des prises de parole, à Genève comme à Lausanne, on a pu entendre des scientifiques (Dominique Bourg, Julia Steinberger), des travailleur·ses des secteurs de la santé, de la construction ou encore de la petite enfance, des paysann·es, mais aussi des personnalités politiques.
Une mobilisation citoyenne inédite par son ampleur
La coalition réunit des organisations de tous horizons: syndicats, écologistes, associations de quartier, milieux de la santé, organisations paysannes, partis, collectifs citoyens, etc. Son objectif est de faire de ces manifestations de septembre la première étape d’un mouvement appelé à durer.
Le mouvement, qui a démarré vendredi soir à St-Gall continue ce dimanche avec une marche à Fribourg (17h, Porte de Morat) et des manifs dans 10 autres villes suisses (Berne, Bâle, Zurich, Lucerne, Coire, Thoune, Baden, Bellinzone, Zoug, Bienne) vendredi 25 septembre.
La coalition défilait derrière trois revendications centrales:
- Pour que toutes les vies soient protégées, en particulier les plus vulnérables;
- Pour une transformation en profondeur du système économique afin de réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre;
- Pour que l’urgence climatique soit traitée en priorité absolue, aux niveaux politique, budgétaire, social et économique.
Un manifeste rédigé collectivement a servi de base à la mobilisation avec 38 mesures prioritaires, parmi lesquelles la rénovation thermique des logements sans hausses de loyer, des refuges climatiques gratuits en période de canicule, des mesures contraignantes de protection de la santé au travail, une agriculture paysanne résiliente, un tournant dans les transports, l’arrêt des grands projets nocifs le financement de la transition par les principaux responsables de la crise ou encore la responsabilité internationale de la Suisse.
Extraits de discours prononcés à Genève
Laurent et Wallace, Mouvement pour une agriculture paysanne et citoyenne (MAPC)
«Cet été nous a mis, nous paysan·nes, à rude épreuve. La patience n’est plus de mise, l’urgence est là. Les dégâts et les coûts liés au dérèglement vont continuer à augmenter si on ne s’attaque pas aux causes. Et la cause c’est le capitalisme! Nous devons nous battre pour une agriculture diversifiée et rémunératrice, pour le droit à l’alimentation et pour la souveraineté alimentaire. L’agriculture de demain sera sociale, paysanne et agroécologique.»
Julia Steinberger, chercheuse en économie écologique à l’UNIL
«Nous avons perdu 3 décennies vitales à cause du déni, délai et obstruction climatique des industries des énergies fossiles, et le nombre de décès climatiques en Europe se compte désormais en dizaines de milliers pour les canicules de cet été, avec des semaines comparables à la pandémie Covid. (…) L’action des gouvernements et des industries est de loin insuffisante, et horrifie les scientifiques comme les professionnels de la santé. Nous nous trouvons dans la situation de Cassandre: sonner l’alerte sans répit, mais sans être écoutés.»
Pardis Pouranpir / Alliance Climatique pour la coalition «Pas d’étés à 50°C!»
Les dirigeants s’acharnent à défendre des politiques de destruction écologique: extension des autoroutes, construction de nouvelles centrales nucléaires pourtant fermement refusées et réouverture de nouveaux vols en avion internes à la Suisse? C’est inadmissible! On ne cesse de nous présenter des budgets d’austérité, pourtant pour l’armée les milliards ça y va. La remilitarisation est présentée comme un enjeu prioritaire de sécurité alors que la sécurité c’est aussi de pouvoir respirer quand il fait 40 degrés, c’est pouvoir se soigner, c’est avoir un logement digne, c’est pouvoir jouer et grandir dehors. Tout ça passe par un renforcement de nos services publics. Par notre présence aujourd’hui et par la lutte que nous menons et continuerons de mener, nous demandons aux autorités d’agir, maintenant!»
Lisa Mazzone, présidente des Vert·es suisses
«Ce que nous faisons aujourd’hui, ici, toutes et tous ensemble, c’est changer le système. Construire un avenir viable. Construire un avenir juste. Avec ce mouvement, ils ne pourront plus brûler notre avenir dans leurs bureaux climatisés en toute impunité. Parce que nous ne laisserons pas faire. Les solutions sont là. Tout le monde les connaît. Ce qui manque, c’est la volonté politique. Et si ces parlements et ces gouvernements ne l’ont pas, il faut les changer. Parce qu’ils ne travaillent pas pour nous.»
Martin Malinowski, Syndicat SIT
«À Genève, après des dizaines de dénonciations et une semaine de fortes chaleurs, l’OCIRT a annoncé, le mercredi 24 juin 2026, l’arrêt des travaux au soleil dès 13h, jusqu’au 29 juin. Les syndicats ont salué cette décision, car c’était la mesure la plus efficace pour protéger la santé des travailleurs et travailleuses. Les travailleurs se retrouvent face à un choix cynique: protéger leur santé ou rattraper leurs heures. C’est précisément pour éviter ce dilemme que nous revendiquons la création d’un fonds intempéries, couvrant l’ensemble des travailleurs et travailleuses, tous secteurs confondus, financé par les employeurs et par l’État. Parce que la santé n’a pas de prix, et que les travailleurs ne doivent jamais payer de leur poche la protection de leur santé.»
Matthias Delarue, Coalition Climat Genève
«Après la pression des grèves climat de 2019, une Loi Climat cantonale allait être votée. 7 ans plus tard, toujours rien…la loi est laissée en suspend. Le Grand Conseil nous a mené en bateau. Dernier épisode en date: après avoir refusé durant 2 ans de discuter de la loi climat, les partis de droite, menés par Le Centre, veulent maintenant réécrire toute la loi pour la vider de sa substance, revoir tous les objectifs à la baisse et repousser tous les échéances de 10 ans. Mais cette fois on ne lâchera rien! Rejoignez nous le jeudi 1er octobre à 16h30 sous les fenêtres du Grand-Conseil, car nous avons besoin d’une loi climat maintenant, mais pas n’importe comment: nous avons besoin d’une loi à la hauteur des enjeux!»
Extraits de discours prononcés à Lausanne
Antonia Undurraga, éducatrice de l’enfance SSP Vaud
«L’été 2026 nous a montré à quel point nous ne sommes pas prêts, en tant que société, à faire face aux conséquences du dérèglement climatique. Aujourd’hui nous payons le prix de l’inaction climatique. Cet été nous avons travaillé dans la peur, parce que dans certaines structures d’accueil de jour de l’enfance, les températures dépassaient les 30 dégrées. Cela représente un risque avéré pour la santé des enfants et des professionnel·les. Nous exigeons l’adaptation prioritaire des hôpitaux, crèches, EMS, etc. en privilégiant des solutions écologiques. La rénovation thermique des logements mal adaptés aux conditions climatiques et des mesures de rafraîchissement passives (stores, couleurs claires, végétalisation) sans hausses de loyers.»
Alberto Silva, maraîcher, Uniterre
«À cette main du marché qui nous prend à la gorge s’ajoute la pression du dérèglement climatique sur nos épaules et fait peser une menace existentielle sur notre travail essentiel de production alimentaire. La patience n’est plus de mise, l’urgence est là. Les dégâts et les coûts liés au dérèglement vont continuer à augmenter si on ne s’attaque pas aux causes. Et la cause c’est le capitalisme: qui ravage nos champs de monocultures en pesticides, qui remplit les assiettes de nourriture industrielle et ses conséquences sur la santé (surtout pour les plus bas revenus), qui privatise et marchande les ressources naturelles, qui détruit la biodiversité, qui s’accapare les terres agricoles, qui pousse les paysans endettés à la faillite ou au suicide!»
Angela Zimmermann, actif-trafiC, co-organisatrice
«Notre manifeste demande que toutes les vies soient protégées Et parce que ce n’est pas possible dans notre système capitaliste, le manifeste demande aussi que le système économique soit transformé en profondeur et que l’urgence climatique soit traitée en priorité absolue, aux niveaux politique, budgétaire, social et économique.»